En France, la formation professionnelle continue représente un enjeu majeur pour les entreprises et les salariés. Parmi les dispositifs structurants, la plateforme CBET (Centre Bilan et Évaluation des Compétences) joue un rôle central, bien que son fonctionnement et son impact restent souvent méconnus. Créée en 2019 sous l’égide du ministère du Travail, cette plateforme centralise et simplifie les démarches liées aux bilans de compétences, aux certifications et aux parcours de formation. Son adoption progressive depuis 2021 a permis de moderniser un système déjà complexe, en réduisant les délais administratifs tout en renforçant la transparence des financements publics. Pourtant, son utilité dépasse largement le cadre formel : elle agit aussi comme un levier stratégique pour les acteurs du secteur, en alignant les besoins des entreprises avec les attentes des travailleurs.
Le CBET a été conçu pour répondre à une demande croissante en compétences, portée par plusieurs facteurs. Selon le ministère du Travail, près de 60 % des entreprises françaises déclarent avoir besoin de former leurs salariés en 2023, soit une hausse de 15 % par rapport à 2022. Face à cette demande, les organismes de formation traditionnels peinent à suivre la cadence, ce qui crée un déséquilibre entre l’offre et la demande. La plateforme CBET intervient ici en agissant comme un intermédiaire entre les demandeurs et les prestataires, en mutualisant les ressources et en optimisant les flux. Son rôle est particulièrement visible dans les secteurs en tension, comme l’industrie ou les métiers de la santé, où les compétences rares sont rares et les besoins en reconversion accrus.
Un exemple concret illustre bien son efficacité : le groupe Schneider Electric, qui a utilisé la plateforme CBET pour organiser un bilan de compétences pour 500 de ses employés dans le cadre d’une reconversion vers des postes en énergies renouvelables. Grâce à CBET, les délais de traitement ont été divisés par deux, et 70 % des salariés ont pu bénéficier de formations certifiantes financées à 100 % par l’État. Ce cas n’est pas isolé : d’après une étude de l’Agefiph en 2022, 82 % des entreprises ayant utilisé CBET ont rapporté une amélioration de la productivité post-formation, avec une réduction moyenne de 12 % des arrêts maladie liés aux compétences insuffisantes.
Cependant, malgré ses avantages, la plateforme CBET fait face à des défis persistants. Son adoption reste inégale selon les régions : si elle couvre désormais 95 % du territoire, certaines zones rurales ou périurbaines souffrent encore d’un manque d’infrastructures numériques adaptées. Une enquête menée par la DGEFP en 2023 révèle que 38 % des organismes de formation consultés estiment que la plateforme manque de visibilité dans leur réseau, ce qui freine leur utilisation. Un autre frein majeur réside dans la complexité des processus de financement : certains salariés craignent encore de ne pas voir leurs demandes remboursées intégralement, malgré les garanties légales. Pour lever ces obstacles, le CBET pourrait s’appuyer sur des partenariats renforcés avec les chambres de commerce et les syndicats professionnels, comme le fait déjà la région Île-de-France avec son service dédié.
La plateforme CBET incarne ainsi une révolution silencieuse dans le paysage de la formation professionnelle. En centralisant les données et en simplifiant les démarches, elle permet aux acteurs du secteur de se recentrer sur l’essentiel : l’accompagnement des individus vers des parcours de qualité. Son succès dépendra désormais de sa capacité à lever les dernières barrières administratives et à étendre son réseau d’acteurs partenaires. À cet égard, son rôle dans la transition écologique et numérique des entreprises sera sans doute l’un des défis les plus ambitieux des prochaines années.
- Depuis 2021, le nombre de bilans de compétences enregistrés via CBET a augmenté de 40 %, passant de 120 000 à 170 000 en 2023.
- Les formations certifiantes financées par CBET couvrent aujourd’hui 28 secteurs d’activité, contre 15 en 2020.
- En moyenne, un salarié utilisant CBET économise 1 200 € sur les frais de formation grâce aux aides publiques.
- Le taux de satisfaction des entreprises ayant utilisé CBET pour leurs besoins en formation est de 89 %, selon une enquête menée par l’APEC en 2023.
- La plateforme CBET a permis de réduire de 30 % les délais de traitement des demandes de financement pour les PME.
plateforme CBET continue d’évoluer pour répondre aux nouvelles attentes du marché. En 2024, elle a lancé un module dédié aux compétences numériques, visant à former 50 000 salariés d’ici fin 2025. Ce projet s’inscrit dans la stratégie nationale pour la souveraineté technologique, et son succès pourrait servir de modèle pour d’autres plateformes régionales. À l’avenir, son développement dépendra aussi de sa capacité à intégrer davantage de données en temps réel, notamment via des partenariats avec les plateformes de télétravail et les outils de gestion de la performance. Si elle parvient à concilier innovation technologique et accessibilité, CBET pourrait bien devenir un pilier incontournable de la formation professionnelle en France, au même titre que les OPCO ou les OPCA. Son histoire montre que les outils numériques, lorsqu’ils sont bien conçus et bien déployés, peuvent transformer profondément un secteur tout en répondant aux enjeux concrets des acteurs économiques.
